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Les carburants d’aviation durables : une clé pour décarboner le transport aérien

Les carburants d’aviation durables : une clé pour décarboner le transport aérien

Les carburants d’aviation durables : une clé pour décarboner le transport aérien

Le transport aérien fait l’objet de critiques croissantes en raison de son impact sur le climat. Pourtant, il reste incontournable pour relier les territoires, soutenir le commerce mondial et permettre la mobilité internationale. Parmi les leviers de réduction des émissions de gaz à effet de serre, les carburants d’aviation durables, ou SAF (Sustainable Aviation Fuels), apparaissent comme une solution stratégique. Ils peuvent être utilisés dans les avions actuels, avec les infrastructures existantes, tout en réduisant significativement l’empreinte carbone des vols.

Pourquoi décarboner le transport aérien est devenu urgent

Le secteur aérien représente environ 2 à 3 % des émissions mondiales de CO₂, mais sa part pourrait augmenter dans les prochaines décennies si rien n’est fait, car d’autres secteurs réduisent plus vite leurs émissions. De plus, l’aviation génère aussi des impacts dits non-CO₂ (traînées de condensation, formation de cirrus, oxydes d’azote) qui amplifient son effet sur le climat.

Dans le même temps, la demande en transport aérien devrait rester soutenue, notamment dans les pays émergents. Il est donc nécessaire de concilier croissance maîtrisée du trafic et trajectoire de réduction des émissions compatible avec les objectifs climatiques internationaux, comme ceux de l’Accord de Paris ou de l’OACI (Organisation de l’aviation civile internationale).

Les pistes de décarbonation sont multiples : amélioration de l’efficacité énergétique des avions, optimisation des trajectoires de vol, électrification partielle, hydrogène à long terme. Mais une solution se distingue par sa capacité à agir dès maintenant sur la flotte existante : les carburants d’aviation durables.

Qu’est-ce qu’un carburant d’aviation durable ?

Un carburant d’aviation durable est un carburant de substitution au kérosène fossile, produit à partir de matières premières renouvelables ou à faible teneur en carbone, et conçu pour réduire l’empreinte environnementale globale du vol. Il doit répondre à plusieurs critères :

Les SAF ne sont donc pas seulement des biocarburants au sens large. Ils incluent aussi des carburants synthétiques, produits par exemple à partir d’hydrogène décarboné et de CO₂ capté dans l’air ou issu de procédés industriels.

Les principales filières de production de SAF

Plusieurs filières de production de carburants durables pour l’aviation existent déjà ou sont en cours de développement. Elles se distinguent par leurs matières premières, leurs procédés industriels et leur maturité technologique.

On peut notamment citer :

Chacune de ces filières est encadrée par des normes internationales de certification (ASTM, par exemple) qui garantissent la sécurité et la performance du carburant, ainsi que l’absence d’impacts techniques négatifs sur les moteurs.

Des réductions d’émissions significatives sur le cycle de vie

Le principal intérêt des carburants d’aviation durables réside dans leur capacité à réduire les émissions de gaz à effet de serre sur l’ensemble de leur cycle de vie, de la production de la matière première jusqu’à la combustion dans le moteur.

Selon le type de filière et le mode de production, les réductions possibles vont généralement de 50 % à plus de 80 % d’émissions de CO₂ équivalent par rapport au kérosène fossile. Dans certains scénarios optimisés, notamment avec des e-carburants produits à partir d’électricité renouvelable, le bilan peut s’approcher d’une réduction quasi complète des émissions nettes.

Ces réductions dépendent de plusieurs facteurs :

Il est donc essentiel d’évaluer chaque filière selon une approche cycle de vie, afin d’éviter les transferts d’impact et de garantir de véritables bénéfices climatiques.

Un outil clé pour agir dès maintenant sur la flotte existante

Les avions ont une durée de vie de plusieurs décennies. Il n’est donc pas réaliste d’attendre le renouvellement complet de la flotte ou l’arrivée de technologies de rupture comme l’hydrogène pour réduire les émissions. Les SAF offrent ici un avantage décisif : ils peuvent être utilisés dans les moteurs actuels, jusqu’à un certain pourcentage de mélange, sans modification majeure.

Aujourd’hui, la plupart des normes autorisent des mélanges de 50 % de SAF avec du kérosène fossile, et la recherche se poursuit pour augmenter cette part à terme. Cela signifie que :

Cette compatibilité avec le parc existant fait des carburants durables un levier de transition particulièrement réaliste à court et moyen terme.

Les limites et défis à surmonter

Malgré leur potentiel, les carburants d’aviation durables ne sont pas une solution miracle. Plusieurs défis importants doivent être relevés pour en faire un pilier central de la décarbonation du secteur.

Ces défis n’enlèvent rien au rôle clé des SAF, mais montrent qu’ils doivent être intégrés dans une stratégie globale de transformation du secteur aérien, plutôt que considérés comme une solution unique.

Le cadre réglementaire et les politiques publiques

Pour que les carburants d’aviation durables se développent à grande échelle, l’action des pouvoirs publics est déterminante. Plusieurs régions du monde ont déjà mis en place des obligations ou des incitations spécifiques.

En Europe, par exemple, le règlement « ReFuelEU Aviation » impose une part minimale croissante de SAF dans le carburant fourni dans les aéroports, avec des objectifs de plus en plus ambitieux à l’horizon 2030, 2040 et 2050. D’autres pays ont opté pour :

Ces cadres réglementaires envoient des signaux clairs au marché : ils réduisent les incertitudes, sécurisent les investissements et encouragent l’innovation. À long terme, l’objectif est de faire converger progressivement les coûts des SAF et du kérosène fossile, notamment via une tarification croissante du carbone.

Le rôle des compagnies aériennes, des aéroports et des voyageurs

La transition vers les carburants d’aviation durables ne dépend pas uniquement des gouvernements et des industriels. L’ensemble de l’écosystème aérien est concerné.

Les compagnies aériennes peuvent :

Les aéroports peuvent :

Les voyageurs, enfin, ont un pouvoir d’influence croissant. En choisissant des compagnies engagées dans l’utilisation de carburants durables, en soutenant les options de contribution volontaire ou en s’informant sur l’empreinte carbone de leurs déplacements, ils encouragent indirectement l’essor de ces solutions.

Perspectives et complémentarité avec les autres solutions

Les carburants d’aviation durables ont le potentiel de devenir l’un des principaux leviers de réduction des émissions du secteur aérien dans les prochaines décennies, en particulier pour les vols moyen et long-courriers, difficiles à électrifier.

Ils devront cependant être combinés à d’autres approches :

Dans cet ensemble de solutions, les SAF occupent une place singulière : celle d’un pont entre le système actuel et l’aviation de demain. En permettant de réduire fortement les émissions dès maintenant, tout en s’appuyant sur les avions et infrastructures existants, ils offrent une voie pragmatique pour engager la transformation du secteur. Leur déploiement à grande échelle dépendra toutefois de la capacité collective à investir, à innover et à mettre en place des règles du jeu claires et exigeantes en matière de durabilité.

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